Un point de vue sur "le cloud"
Fabrice Nordmann | 15 février
La planète informatique s’affole, on ne parle plus que de ça dans les services IT ou dans les PME. La sortie imminente d’iCloud -la version d’Apple du "nuage"- provoque un buzz incroyable… bref, vous avez déjà sans doute tout lu ou tout entendu au sujet du cloud.
Pourtant, en tant que chef d’entreprise -et donc d’utilisateur du nuage- mais également en tant que consultant susceptible de conseiller mes clients dans leurs choix technologiques, j’ai pensé que mon point de vue sur la question pouvait vous intéresser.
Comme vous l’avez sans doute déjà compris dans le discours ambiant, si vous n’êtes pas utilisateur du nuage, vous êtes has been. Votre entreprise se dirige vers une faillite certaine… c’est l’évidence.
Ah bon ?
Ce type de discours est tellement stéréotypé, que sans présager de son inexactitude, il me semble prudent de me demander de qui il émane.
Or, c’est amusant, je retrouve les mêmes type de discours à propos du nuage que ceux que j’entendais à la fin des années 90 sur "la nouvelle économie". L’aveuglement de ceux qui les professaient comme de ceux qui les écoutaient devant mener à la constitution puis à l’explosion de "la bulle Internet".
Si les discours sur le nuage ressemblent à ceux de l’époque, c’est qu’ils viennent parfois des mêmes auteurs. Aux Etats-Unis, on les appelle des "évangélistes". Le terme en soi devrait nous appeler à la plus grande méfiance.
Que l’on s’entende bien : ce qui va suivre dans cet article est un discours dissonant, critique. Mais ne sautez pas à la conclusion que je ne verrais rien d’intéressant dans le nuage. Comme vous allez le voir, un minimum de sens critique peut nous permettre d’utiliser le nuage à bon escient.
Durant la "bulle Internet", tout le monde était numéro un mondial dans son secteur… et tout ce qu’on savait faire était programmer un vague site web avec une ergonomie acceptable et, grand luxe, une interface vers une base de données. Peu importait qu’on n’ait jamais eu d’expérience de la logistique pour s’improviser supermarché en ligne, qu’on n’ait aucune expérience du recrutement pour constituer une plateforme sur l’emploi, qu’on n’ait jamais regardé autre chose que son écran pour lancer son business de tirage de photos…
C’était la "nouvelle économie", le monde allait marcher comme ça, et tout ce beau monde "levait" des millions pour des startup qui n’avaient oublié qu’un détail : en économie -même "nouvelle" !-, les entreprises doivent générer des richesses.
Ceux qui faisaient valoir un point de vue critique étaient inévitablement taxés de passéistes peu dignes d’intérêt.
Le discours dominant sur le cloud est à peu de chose près aussi irrationnel.



11 septembre 2011 22:06
Pas qu’un problème de stockage
Salut Fabrice,
Bravo pour ce billet !
J’ai pour ma part plus de difficultés à tolérer l’omniprésence des réseaux sociaux et un Internet qui ne favorise pas le droit à l’oubli.
Il suffit de se souvenir des explications, débats et controverses autour de la fameuse "autoroute de l’information" pour se rendre compte que le Cloud est victime du même problème de compréhension qui a freiné l’éclosion d’Internet.
Ce phénomène est aujourd’hui amplifié par le fait que nous ne sommes pas tous au même niveau dans cette approche du Cloud. Cependant, il est inéluctable, et il bénéficiera de nos premières expériences de l’Internet pour s’imposer rapidement.
Le Cloud ne se limite cependant pas à une question de stockage des données. En ce sens, iCloud le démontre, et l’arrivée d’Apple sur ce créneau est une aubaine pour les acteurs du Cloud.
Le Cloud Privé ou hybride n’est qu’une étape vers un passage au Cloud tout Public, au cours de laquelle on pourra justement affiner, sécuriser, éduquer et surtout responsabiliser les utilisateurs du Cloud.
En tant que développeur, à mes yeux, c’est un passage obligé
Ugo
12 septembre 2011 01:17
Pas contradictoire
Merci Ugo pour ton précieux commentaire.
En tant que développeur, le cloud est en effet inéluctable. C’est d’ailleurs tout le sens de l’orientation de 1-more-thing, qui a choisi des outils et investi dans des infrastructures (serveurs, bande passante, ressources humaines) qui permettent à ses clients de constituer un cloud privé : ils peuvent grâce aux technologies que nous mettons à leur disposition partager leurs données, les mettre rapidement à disposition sur le web, et y accéder depuis les plateformes de leurs choix pour travailler en collaboration, et ce de manière sécurisée et avec un seul interlocuteur qu’ils peuvent joindre à tout moment.
Ce billet s’adresse donc moins au développeur (qui doit -c’est un fait- connaître le cloud) qu’au dirigeant de PME ou au consultant qui pourrait être tenté de faire des choix que je juge en l’état actuel risqués. La bonne nouvelle étant qu’avec un minimum de conseil avisé, il est possible dès aujourd’hui de prendre les bonnes options.
12 septembre 2011 15:05
le contexte
Si j’écoute mon côté chef d’entreprise, je partage à 100% ton avis et je trouve que ton article peut servir à certains pour "décrypter" le "cloud".
Si j’écoute ma femme, je trouve le cloud pas si mal. Photos, vidéos, logiciels, partout, quand je veux (en 3G/Wifi) c’est un concept assez sexy. C’est simple et grand public.
Et de toute façon, tout le monde met déjà toute sa vie sur F****, alors pourquoi pas sur de gros serveurs je sais pas ou... :-/
Mes 2 points de vue.
12 septembre 2011 15:30
Onzin
Bravo
Larry Ellison - What The Hell Is Cloud Computing ?
http://www.youtube.com/watch?v=0Fac...
12 septembre 2011 19:59
Tout est relatif !
Merci Fabrice ! C’est un excellent billet.
Moi, je me rappelle de l’arrivée du service Hotmail à la fin des années 1990. Je veux dire avant que Micro$oft ne l’acquiert et qu’il ne le gâche comme c’est souvent le cas avec eux… Je pense que Hotmail fut le 1er exemple concret d’une bonne utilisation d’application informatique sur Internet. Des milliers, puis des millions de personnes se sont alors rendus compte que de pouvoir gérer ses courriels depuis 1 seul et même ordinateur n’était pas vraiment pratique. Depuis longtemps, j’ai échangé mon compte Hotmail pour un compte GMail mais je pense que c’était le début du "cloud" et que ça prouvait qu’il y avait de bons cas d’utilisation.
Quel que soit le besoin et quelle que soit la clientèle d’utilisateur, il faut relativiser les "buzs technologiques" et savoir quoi choisir objectivement. Tu parles des équivalents de Word, Excel, et Powerpoint sur le Web pour une utilisation efficace et collaborative et ça aussi, c’est vraiment brillant (J’aime aussi Zoho). Plutôt que de s’expédier des dizaines de emails avec des révisions de pièces jointes dans lesquels rapidement plus personne ne comprend rien, on peut aussi se créer un wiki privé avec des pages claires et hop, voici la cohérence, l’efficacité, le plaisir de travailler et les résultats.
Pour d’autres besoins fermés et/ou si le client est paranoïaque et/ou qu’il a des petites magouilles à cacher, alors oui je comprend que des solutions traditionnelles hébergées localement sont et seront toujours préférables. Vraiment, tout est relatif au client, au contexte, au budget, au besoin actuel et futur, au compétences du prestataire, etc. Mais dans tout ça, et même si je déteste Facebook et cie, il ne faut pas oublier la force des réseaux sociaux et ne pas trop refermer l’entreprise sur elle-même.
Au niveau des postes de travail, ma conclusion à moi, avec du recul, est que l’arrivée des ordinateurs personnels fut probablement une erreur de parcours… Oui au début nous avons appréciés le fait d’avoir notre propre processeur et notre propre disque dur. Très souvent, c’était bien plus rapide, plus souple (on installe ses logiciels) et bien plus agréable que les anciens serveurs centraux ("mainframes"). Mais très vite, nous nous sommes rendus compte des limites (virus sous Windows, besoins de sauvegardes, bugs matériels et logiciels, utilisation exponentielle des emails, etc) de l’informatique personelle. Le "cloud" dans son aspect informatique gérée et livrée par des professionels spécialisés dans leur domaine est selon moi le retour sur la bonne voie. Surtout que comme tu le signales, nous sommes à l’époque où les téléphones intelligents et les tablettes remplacent les Pc/Mac traditionnels. Encore une fois, pas pour tous les besoins mais pour plusieurs d’entre eux.
28 septembre 2011 09:34
Deux inconvénients majeurs
Article très intéressant !
Pour moi, deux inconvénients restent rédhibitoires :
Ces deux points sont extrêmement importants dans un environnement industriel de plus en plus mondialisé où le contrôle des données stratégiques des entreprises répondent à des exigences sécuritaires considérables.
Dépendre d’un prestataire pour la gestion transparente et totalement invisible des données "sensibles", est pour le moins inconfortable et, surtout, risqué, d’autant que la protection légale concernant la confidentialité des données ainsi qu’au respect de la propriété intellectuelle, sont relatives au prestataire et non plus à la localisation administrative de la société cliente.
Bref, le "cloud" a sûrement un bel avenir pour une utilisation personnelle, voire familiale ou associative, mais ces quelques faiblesses sécuritaires seront à mon avis les principaux critères de méfiance de la part des entreprises, et ça se comprend.
Enfin, ce n’est qu’un avis, l’avenir nous dira s’il est juste ou pas...
Merci.